Aumônerie
Enfer ou paradis ?

« L’enfer, c’est les autres »… Ces autres que nous devons tolérer alors qu’ils nous agressent, nous écrasent de reproches, nous étouffent par leur présence, ces autres qui ne nous aiment pas assez et qui nous jugent trop : ces autres sont notre enfer !
Nous sentons bien qu’il y a quelque chose d’agressif et de faux dans cette compréhension des rapports humains.
Jean-Paul Sartre, l’auteur de cette affirmation, s’explique à ce sujet : « On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous » (Jean-Paul Sartre commente « L’enfer, c’est les autres », in : « Huis clos », œuvre lue sur CD, éd. Gallimard).
Les autres sont là et nous pourrions les laisser simplement graviter autour de nous, mais pour qu’ils deviennent cette part essentielle et unique de notre construction personnelle, pour que l’injustice à notre égard et à leur égard diminue, pour que notre regard sur eux et sur nous-mêmes change, nous pouvons apprendre à les rencontrer.
Parce qu’aucun discours théorique sur notre rapport aux autres ne remplacera jamais la rencontre réelle, c’est autour de la rencontre que nous souhaitons placer notre projet d’aumônerie : rencontre de celles et ceux qui ne nous ressemblent pas, qui vivent et pensent différemment de nous, qui vivent ailleurs. Rencontre où nous écoutons l’autre, où nous faisons l’effort d’échanger une parole vraie, où l’autre ne sera pas celui qui nous emportera dans un enfer de jugement et de condamnation mais celui qui nous ouvrira à la liberté que nous donne ce sentiment d’être acceptés tels que nous sommes.
Pour cette année scolaire, l’accent sera plus particulièrement mis sur la rencontre des personnes handicapées (site de Lucie Berger) et sur la rencontre de celles et ceux qui œuvrent pour plus de solidarité (Jean Sturm).
L’autre, par son humanité, c’est nous-mêmes, nous apprend l’humanisme. L’autre, c’est le prochain que nous devons non seulement aimer, mais que nous devons aimer comme nous-mêmes, nous dit le message du Christ. Alors, avec ceci à l’esprit, peut-être verrons-nous dans la rencontre des autres, non une source de conflits et de jugements injustes, mais une promesse de partage et de richesse ? Une promesse de paradis ?
Eric Schiffer et Gwenaelle Brixius, pasteurs-aumôniers