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Etablissement Scolaire de Strasbourg de la maternelleème à la 5ème

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Aumônerie : Quelques réflexions au sujet de la Charte du Gymnase

Un groupe de travail, composé d’enseignants et de membres de la Direction, a rédigé une nouvelle Charte pour Le Gymnase, à partir des textes de référence de Jean Sturm et de Lucie Berger.

Charte adoptée le 29 mai par le Conseil protestant de l’Education à Strasbourg, le CPES.

Dès le début de la charte le ton est donné : La finalité de l’enseignement est, certes, d’instruire mais surtout de former et d’éduquer.
Valeurs et principes au nom d’un héritage, celui de la Réforme protestante tel qu’il s’est perpétué au « fil des siècles ».
Dans un premier temps, je voudrais me référer à cet héritage.


Jean Sturm (1507-1589) :

Humaniste et protestant de renom, Jean Sturm est surtout connu pour avoir été le recteur du Gymnase de Strasbourg. Il est considéré comme l'un des pédagogues du XVIe siècle.

Son idéal était de faire triompher une Réforme dans un contexte de tolérance.

Ayant enseigné pendant environ dix ans à Paris, au Collège Royal, il juge préférable de se rendre à Strasbourg en 1537.

Les Magistrat de la Ville et Martin Bucer lui demandent un plan de réorganisation de l'instruction, une véritable réforme de l'instruction publique dans cette ville qui vient d'adopter la Réforme.

Jean Sturm tente d'établir harmonie et équilibre entre l'éducation morale et religieuse et la culture de l'intelligence. Son projet pédagogique est accepté. Le Gymnase est créé, dont il est nommé recteur. Il jette les bases de l'enseignement supérieur : La Haute Ecole est fondée dans les bâtiments des Dominicains en 1538, pour former, dès la petite enfance, les futurs cadres de la cité.

La Haute Ecole est doublée en même temps d'un enseignement supérieur de théologie protestante et, par la suite, de «philosophie» ou lettres, médecine et droit. Cette Haute École devient Académie en 1566. Plus tard, en 1621, ce sera l’Université de Strasbourg.

La pensée éducative et pédagogique de Jean Sturm s’exprime, entre autres, dans des lettres conçues comme un ensemble de propositions destinées aux professeurs, les Classicae Epistolae de 1565.

Jean Sturm y développe un certain nombre de principes originaux pour l’époque. Il attache ainsi une importance considérable aux facteurs psychologiques de l’apprentissage. Il considère que la formation intellectuelle est indissociable d'une éducation morale qui tienne compte de la personnalité de chaque élève.

L'enseignement des premières années, des plus jeunes enfants, lui apparaît comme primordiale. Il n'impose pas de programme rigide, ni ne prescrit de méthode contraignante mais insiste sur la nécessité de faire progresser les élèves sans les surcharger, à leur rythme propre. Il insiste aussi sur l'exercice de la mémoire, sans excès, dont il a une conception dynamique.

Son projet éducatif est basé sur le principe de la juste mesure, qui permet, selon lui, à chacun de libérer ses potentialités personnelles. Toute sa pensée, religieuse, politique, comme sa conception pédagogique, sont marquées par cette notion d'équilibre, de juste mesure.


Lucie Berger (1836 - 1906) :

Les origines de l’établissement remontent en réalité au pasteur François Haerter (1797 - 1874) que l’on peut inscrire dans cette large mouvance que l’on désigne de « christianisme social » au XIXe siècle. Bien des ecclésiastiques, de tous bords, protestants ou catholiques, sont alors sensibles aux problèmes sociaux soulevés par l’industrialisation.

En 1842, François Haerter réunit autour de lui quelques jeunes femmes disposées à le seconder dans une mission à la fois hospitalière et éducative. Ces jeunes femmes se constituent en communauté religieuse, protestante, ce sont les Soeurs Diaconesses et, à la rue du Ciel, à Strasbourg, elles ouvrent une classe et une salle pour les soins aux malades du quartier.

Bientôt cette oeuvre prend de l’ampleur. En 1844, François Haerter et les Soeurs Diaconesses acquièrent un immeuble qui est l’actuelle Clinique du Diaconat et ouvrent bientôt une école, ici sur notre site, une école appelée le Bon Pasteur.

En 1871, trois ans avant sa mort, François Haerter confie la direction à Mademoiselle Lucie Berger, alors âgée de 35 ans.

On disait d’elle : « Admirable personnalité, puissante et modeste à la fois », « une main de fer dans un gant de velours ».

Avec l’aide de subsides de l’Empire allemand, elle transforme l’école en un institut pour jeunes filles appartenant à la classe moyenne. Les débuts, en 1871, sont modestes (16 élèves à l’internat) mais dès 1873, on compte 58 élèves (30 internes et 28 externes) pour arriver à 16 classes en 1890.

Lucie Berger s’entoure de professeures compétentes : L’établissement devient la première école privée où des jeunes femmes peuvent préparer un diplôme d’études secondaires.

Lucie Berger, consciente de l’importance de la devise « un esprit sain dans un corps sain », fait construire une salle de gymnastique en 1896.

Ainsi, autant Jean Sturm a-t-il laissé des écrits révélant une réelle pensée pédagogique, autant Lucie Berger s’est-elle engagée de façon pratique et concrète dans le projet social et éducatif des Soeurs Diaconesses, sans s’attarder à de plus amples considérations théoriques.

Un double héritage qui engage aujourd’hui la communauté éducative.

Le défi majeur lancé par cette charte est de se donner les moyens pour mener les élèves d’une collectivité d’individus juxtaposés vers une réelle communauté éducative. Susciter auprès des élèves ce sentiment d’appartenance à une communauté humaine, mais dont les frontières sont celles d’un monde plus vaste, mais aussi plus enrichissant, que l’entourage immédiat de leur petite personne. Que l’école soit vécue comme une communauté éducative. Que les études prennent sens. Et ainsi parvenir au meilleur de soi et être disposé, avec conviction, à donner le meilleur de soi.

Très judicieusement, vous pourriez relever pour les éducateurs, que sont les parents et plus particulièrement les enseignants, que le défi leur est adressé en priorité, que d’être eux-mêmes les premiers à réaliser cette communauté éducative.


Y a-t-il des valeurs réellement ‘protestantes’ ?

A mon sens, il n’y a pas, à proprement parler, de valeurs protestantes. Les protestants ont fait leur, à chaque époque de leur histoire, depuis la Réforme jusqu’à aujourd’hui, ce qui était communément admis comme étant les valeurs universelles. Bien sûr, on peut relever que les protestants sont plus sensibles à des valeurs comme le sens des responsabilités, l’engagement dans la société, l’esprit critique, l’éducation, l’entraide, etc. et cela surtout depuis le XIXe siècle. Mais sont-ils les seuls à les revendiquer ? Sont-ils, surtout, les seuls à les vivre ? J’en veux pour preuve le fait que les enseignants qui ont participé à la rédaction de cette charte étaient de confessions religieuses fort différentes, ou sans confession. Point n’est besoin d’être protestant pour adhérer aux valeurs énoncées ici.

C’est plutôt le faisceau, l’ensemble cohérent des valeurs qui se coordonnent dans cette charte qui lui confèrent son caractère protestant :

Tradition humaniste. Culture. Egale dignité de tous, des humains, des élèves. Une communauté éducative qu'il convient de faire vivre. Référence chrétienne, protestante. Valeurs de la République. Formation. Continuité éducative.
Un faisceau de valeurs…


Mais alors, qu’est-ce qui pourrait faire ‘l’Etablissement protestant’ ?

Au risque de paraître prétentieux, j’avance que la présence d’un aumônier est décisive. Car autant il n’y pas de valeurs protestantes à proprement parler, autant la référence au protestantisme ne peut ignorer la dimension de la foi. Faut-il rappeler que le protestantisme est une religion qui a mis la foi en Dieu au centre de sa théologie, prenant une distance critique avec les institutions religieuses, les rites et les traditions, au point où l’on à pu dire que le protestantisme devenait une religion sans religiosité ?

Les pasteurs aumôniers sont les témoins de cette foi. Leur présence dans un établissement tel le nôtre n’est pas anodine. Elle est même institutionnalisée. Elle rappelle à la communauté éducative toute entière, et à chacun de ses membres, que la spécificité réelle d’un protestant est d’être un croyant selon ce qu’il découvre dans les Evangiles : la personne de Jésus le Christ. Libre à chacun, alors, de se situer. Les aumôniers, tout simplement, sont reconnus par le Pôle éducatif protestant de Strasbourg dans leur fonction de témoin, qui offre la possibilité à ceux qui le souhaitent de se laisser interpeller aujourd’hui par le même Evangile qui, autrefois, a motivé la Réforme protestante ou le christianisme social. En toute modestie, c’est donc en cela que le Gymnase, Jean Sturm et Lucie Berger, est protestant !


Eric Schiffer, pasteur aumônier de Lucie Berger
21 novembre 2009



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