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Etablissement Scolaire de Strasbourg de la maternelleème à la 5ème

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Aumônerie 2012-2013

Le mot des Aumôniers


L’emploi du temps commande la vie scolaire. Il détermine les plages horaires sur lesquelles les professeurs seront en présence des élèves et, par répercussion, il organise le temps de préparation des cours, des évaluations et autres corrections de devoirs.

A la rentrée, l’enseignant reçoit son emploi du temps. Il matérialise ce passage abrupt dans le temps scolaire. D’un coup, on quitte le temps d’éternité des vacances, qui se dilatait sans échéances, accueillant l’imprévu en douces variations de l’insouciance. D’un coup, d’un seul, on bascule dans le temps de l’urgence. Dès cet instant, s’installe la certitude que tout sera de nouveau comme avant, comme l’année dernière, et que viendra sans tarder, à vrai dire dès la première confrontation avec les élèves, cette impression permanente d’être sur la brèche, pratiquement en retard, à devoir rattraper les choses, rattraper le temps. Ce n’est qu’une impression ; en réalité, l’enseignant maîtrise son emploi du temps. Pourtant l’impression d’urgence est si prégnante qu’elle vire facilement à l’inquiétude, au stress, malgré tout professionnalisme avisé et prévoyant.

L’emploi du temps, avec ses petites cases où s’inscrit noir sur blanc le rythme immuable des semaines qui vont se succéder sur dix mois, fige le temps. Plutôt, il fige cette impression d’immuable urgence. Paradoxe de l’immuable urgence de l’emploi du temps d’un enseignant ! Ou d’un personnel administratif, ou d’un animateur, puisque l’emploi du temps détermine toute la vie d’un établissement scolaire et de tous ses acteurs.

Quel est le bon emploi du temps ? Comment bien « employer son temps » ?

Alors que la roue immuable des mythologies impose des cycles se reproduisant à l’identique, la tradition chrétienne, et le Judaïsme avant elle, déroule le temps et impose la frise chronologique : dès lors, le temps prend un sens, il devient histoire, avec l’espérance d’un avenir nouveau.

Un témoin de la Bible, l’apôtre Paul, va même plus loin. Avec son ton, comme souvent lapidaire, il écrit à la communauté chrétienne d’Ephèse : « Rachetez le temps, car il est mauvais ! », façon de dire que rien de ce monde ne saurait rebuter le chrétien. Aussi mauvais que soient les temps, aussi vile, méprisable ou désespérée que soit une situation, le chrétien ne craint pas de les prendre en charge et de distiller un message d’espérance en un avenir toujours possible : Dieu peut ressusciter quiconque de toute situation mauvaise, désespérée. Rien n’est figé, surtout pas les temps mauvais, les « temps qui courent ».

En ces temps de crises, le chrétien est celui qui achète ce qui n’a plus de valeur, car il y croit, toujours, et malgré tout. Crise économique ? Crise morale de notre société ? Crise éducative ? Les temps seraient mauvais ? C’est précisément l’occasion pour sauter sur l’affaire et racheter le temps. En ce sens, sont tout aussi « chrétiens », dans une communauté éducative, tous ceux qui se saisissent de leur responsabilité, sans défaillir de l’espérance en un avenir toujours possible. Sont « chrétiens » ceux qui croient en un temps ouvert, au-delà de la fixité d’un emploi du temps.

Le bon emploi du temps serait alors de parvenir à établir un distinguo entre le stress et l’urgence. Le stress est cette inquiétude irraisonnée, incontrôlable qui fait perdre ses moyens, cette angoisse de ne pas parvenir à maîtriser les choses en temps utile, toujours déjà en retard. L’urgence est la conscience responsable de ne pas traîner pour faire ce qui doit être fait. Précisément, le bon usage du temps, pourrait être de savoir qu’il y a urgence pour notre monde, et pour nous au Gymnase, urgence dans l’éducation des générations montantes, éducation qui ne saurait être retardée, remise à demain. Il n’y a pas de stress à avoir, il n’y a que l’urgence de faire ce que nous devons faire… le bon emploi du temps.



Gwenaelle Brixius et Eric Schiffer,
pasteurs-aumôniers du Gymnase





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